Compétitions et amies ? ça existe ! Du Machu Picchu à Angkor, comment faire vivre un ultra trail ? Petites Pensées et Courtes Idées (Ou Les Aventures de Grands Naïfs Passionnés)

 

 

Rêver sa course, puis la créer.

Ça n’était qu’un doux rêve, puis un jour ils l’ont fait réalité. Organiser une compétition de trail ? d’accord. A l’étranger non francophone ? soit. Avec des français (NDLR : purs francophones) ? entendu. De format « ultra », pratique quasi inconnue dans le pays ? soyons fous. Mais en plein site UNESCO, perle culturelle internationale, 1ère source de revenus touristiques patriotes, fréquentée chaque saison par plusieurs millions de visiteurs, sertie de temples interdits ou barrée de cols à 4600 m, constellée de checkpoints infranchissables, balayée par la neige ou assommée par un Tropique, normée par un abécédaire de règlements et la bureaucratie qui va avec ? en un mot comme en 100 : INTERDITE ?

C’est fait.

Franchis, les sommets de logistique. Remerciés, les régiments de bureaucrates. Mis à profit, les mois de prospection et les nuits de communication. A cœur vaillant, rien d’impossible, qu’il soit bénévole ou professionnel – si tant est qu’il conserve sa dose de passion crédule. Pour croire à tout. Désormais, 2 rêves vivent et grandissent, à près de 20 000km de distance. Et sont connectés.

 

Ultra Trail Angkor – Ultra Machu Picchu Trail : pas si lointaines…

Ils l’ont donc fait. En 2016, nait l’Ultra Trail Angkor (UTA), fort de la longue expérience de SDPO (Foulées de La Soie, …) et du professionnalisme de PHOENIX VOYAGES. 2017 : l’Ultra Machu Picchu Trail (UMPT) voit le jour grâce à l’audace d’un groupe de bénévoles. Bien qu’aux antipodes, une cohérence et une ressemblance sautent déjà gentiment à l’œil attentif. 2 sites archéologiques majeurs. 2 centres de rayonnements sur leur continent respectif : tout autant historiques, culturels, qu’indirectement…politiques. Car 2 pôles touristiques, et 2 poumons économiques. Et comme de juste, la valse des estampilles et labels protecteurs. Et claquant comme une halte-là : UNESCO WORLD HERITAGE.

Alors, 2 trails similaires ? sans façon. Corrigeons : UTA et UMPT, on s’en doutait, ce sont 2 immersions ultra-différentes. Ambiance.

 

UTA 2018

photos : Rgis Binard

 

Temples, jungle, Angkor Thom et Buddhas : UTA

Jungle. Piste et sentes en guise de bosses. 635 marches vers Phnom Bok Temple, en guise de sommet. 128 km et un dénivelé de plombier (s’entend : 1 à 2% au global...). Mais alors quel intérêt, pourquoi Siem Reap, Cambodge ? 3 réponses : 1er site touristique sud-asiatique, plus grand complexe religieux du monde, Cité d’Angkor. Angkor Thom, Prasat Krôl Ko, Bayon Temple… Autrement dit : l’ultra expérience Khmère, l’immersion dans une temporalité quasi mystique. Ultra jusqu’au bout des ongles.

Alors que janvier et l’hiver fouettent l’Occident, l’UTA ouvre sa forêt de temples pour une nuit de running. Ici, l’immersion sera intérieure et vers devant : au loin, en face de la ligne de départ, au-delà de ces flambeaux qui éclairent la nuit déjà humide. Porte monumentale et bouddhas en tant que haie d’honneur. L’expérience UTA, c’est une disparition dans un horizon rizière, et dans une jungle baignant dans la spiritualité bouddhiste. Parfois un point de fuite apparait à la lueur des frontales, puis soudain c’est une pagode bigarrée qui surgit et que l’on traverse. On longeait un champ de lotus endormis, et voici que l’on franchit un hameau déjà éveillé. Sous les pilotis, une foule d’écoliers en uniformes déjà prêts, et la braise des feux qui s’éteignent. Persistance rétinienne : sourires, mains tendues, « hello » en grappes.

Le terrain est plat mais il englobe le coureur, encore plus fort qu’un crapahut en fond de vallée. Gobé. Et dire que l’on trottera 128km, autour et à travers du plus grand complexe archéo-religieux du globe. Il est des sites comme ça, comment dire… : les fréquenter pourrait faire oublier l’aura et la grandeur qu’ils portent depuis un millénaire. Au-delà des chiffres, demeure Angkor, et Elephant Terrace comme rampe de départ. Baray West qui épaissit le temps et les foulées. Bouddhas monumentaux et démultipliés, kaléidoscope du pouvoir royal et religieux, qui tous nous regardent au sortir d’Angkor Thom. L’étourdissement, la disparition heureuse du coureur de fonds, qui découvre un environnement autre et total. Il a allumé sa frontale ? Il a accepté le pacte. Prêt à se diluer dans les 36 prochaines heures, en une palette de végétation qui avale jusqu’au grès rose des temples. Le coureur ? inclus, investi, incarcéré, mêlé.

Les lueurs du Base Camp au milieu de la nuit, signent le Km64 et la mi-course. Une fumée blanche signale - non un pape, mais une soupe providentielle. Riz sauté, bras tendus et questions des staff le temps d’un doux accueil. Juste un instant, merci, car il faut repartir. « La suite, c’est par ici ». Quelle étrange sensation que celle du bénévole lors de ces secondes de course : il vient à peine d’accueillir un coureur, 6 à 10h de run dans les jambes, écrasé par les 27° nocturnes. Et ? et c’est déjà terminé. Il vient de lui indiquer : 64km restant. Droit devant, pleine nuit.

Viendront l’aube, les jeunes des ONG volontaires et leur accueil inouï aux ravitos. La chaine des villages et des temples, succession de ruines et sites mangés par les racines des fromagers. Végétal dégoulinant que n’aurait pas renié César, ou l’Arte Povera. Et puis cette finish line déjà brutalisée par un soleil mouillé. Mais quel salut : 200 écoliers et leur clape qui couvre déjà la sono lointaine, parfums et cris, encouragements ininterrompus. On mettra du temps à en ressortir, la tête et les jambes encore imprégnés. Ultra Trail Angkor, Siem Reap. Dans les rues de la ville royale, le boulevard De Gaulle et ses ombres de Citroën DS semblent sourire tranquillement, dans leur ambiance 50’s et coloniale. Retour à l’hôtel, on s’attendrait à croiser Duras ou Malraux, mais ça c’est une autre histoire…

 

UMPT2018

photos : Stephane Vallin – agence YUNKA IMAGES -  stephane@yunka-trek.com

 

Altitude, cimes, Vallée Sacrée et Inkas : UMPT

Flashback et imaginaire autorisé : 1531. Conquistadors, métal et cuir, cavalcade et cliquetis. Ça piétine et ça trépigne, ça grouille sous le caniar. Noirs et ors sur fonds de collines lie de vin. Des armures hispaniques à l’entrée du défilé du Rio Urubamba, et une bannière qui revient sans cesse, flottant au loin. Le « logo » hype du XVIè siècle latin, qui s’exportera un bon moment : une croix rouge sur un fonds blanc. L’oriflamme de très Sainte et Catholique Couronne d’Espagne. Éternelle histoire des rdv de l’Histoire, et des rencontres entre les peuples : plus ils vivent loin des autres, plus violent semble être le choc. Parlons plutôt musique des noms ? Pisac, Ollantaytambo, Mollepata, Santa Maria ou Teresa, Choquequirao, sont les cités que l’on égrène encore aujourd’hui, et qui un jour voient débarquer Pizarro et ses sbires. Il parait qu’en Europe, on appelle cela « Renaissance » … Ici, on parle notamment Quechua, toujours bien vivante en 2018.

500 ans après, les communautés de Larès, Patabamba, Huayllafara et autres, tentent de préserver leur culture ou leur science du tissage, face aux hordes veggies-yogis-ossies-friendly. On part trotter, on croise lamas et vigognes ; parfois même la chance sourit lorsque que l’on aperçoit une ribambelle colorée : membranes déperlantes hi-tech et Birkenstock, on ne peut pas s’y tromper. Un stage. Un séminaire. Le truc, c’est le blanc de l’œil (cad le vert) et l’odeur de vomi : « séjour Initiation Chamanique ». Ayahuasca. Mais les mamas locales les croisent, stoïques et souriantes. Bien au-delà d’un instantané cocasse, tel est ce qui émane de ces lieux et de leurs peuples, qui saisit heureusement le voyageur à peine réceptif : le passé vit toujours.

La légende n’est pas un prospectus. Tellurisme ou énergie, forces ou racines, culture et authenticité offertes dans le 1er sourire ou geste anodin. Pérou, Vallée Sacrée, et son magnétisme carte-postale, mais incontournable : Machu Picchu.

Mais alors, on y court ? Qui aurait pu y croire ? Qui oserait traverser Guizèh, Tombouctou, Lhassa, ou y inviter plusieurs centaines d’athlètes bariolés ? Des rêveurs, une fois de plus. Mais les pieds dans la boue, soit l’alchimie la plus créatrice. Justement, parlons-en de cette terre sud-américaine, et en 3 dimensions s’il vous plait. Le fonds, et les formes.

Un fonds de vallée, et une 1ère barre haut-placée : ici, le plancher des vaches débute vers 1800 m d’altitude. Nous sommes sur la dernière barrière naturelle d’avec l’Amazonie. L’UMPT et sa synthèse incroyable : courir autant la jungle, que l’abra Salkantay (4600 m). Le Rio Urubamba creuse la province, et comme lui, sa Vallée est dite « Sacrée ». Si son cœur historique bat entre Ollantaytambo et Pisac, l’axe de cette vallée relie symboliquement Machu Picchu et le centre légendaire du Monde Andin, Cuzco.

Suivons la direction. Terminé, la jungle. Bâbord et tribord, les combes et les parois sautent au visage : verticalité. Hauteur. Soleil de plomb autant qu’il sait être froid, pentes qui jaillissent autant qu’elles rougeoient. Tapis de verdure sur ton bordeaux volcanique. « Impossible ». « Ça ne passe pas ». « Inaccessible ! », « pas par ici ! » : des reliefs qui feraient baver le plus capé des sculpteurs cubistes. Tous les points de fuites réunis en un plan vertical, relégué l’Estaque de Cézanne. Haute montagne dans laquelle la vie se fait tranquillement, parfois jusqu’à 4200 m épargnés par la neige. Néanmoins, au loin, un rappel permanent et une adversité respectueuse : la blancheur d’un Cerro de 6200 m. Se rappeler des hierarchies.

Mais aspiration du vide, bascule et rebascule sur des cols de 4500 m : voici l’UMPT et ce que qu’il offre, gourmand mais implacable. Embrasser, avaler un territoire en bottes de 7 lieues. Se frotter aux éléments, au froid, à la pluie. Toucher « l’InkaTTitude » qui filtre à travers chaque pierre, regard, route. Car ici, nous sommes en Terre Inka, et les mythe du « Chaski » et de la route ancestrale Qhapaq’Nan brûlent encore. Sous terre, et dans l’esprit de celui qui s’aligne sur le départ. Chaskis : ces coureurs messagers qui sillonnaient les provinces, plus endurants et rapides qu’un Phillipidès de tomate-feta, durs au Mal Aigu des Montagnes à coups de coca-lupin. Qhapaq’Nan : ce réseau de pistes et voies démultipliées, écrasant de respect et de modernité par ses chiffres. Depuis la Colombie jusqu’à l’Argentine, la « Grande Route Royale », plus de 30000 km. Faire circuler l’information, une richesse déjà comprise.

Ainsi va l’UMPT 100M, conduisant jusqu’au Machu Picchu en longeant le célèbre trek du Salkantay, en passant par le col du même nom. Ainsi va cette immersion, version Péruvienne : un survol, un engloutissement, une expérience totale de la géographie et du passé. Pérou, en somme…

 

UMPT 2018

photos : Stephane Vallin – agence YUNKA IMAGES -  stephane@yunka-trek.com

 

Pourquoi telle course, et pas une autre ? Cohérence, évidence.

Que ce soit au Pérou ou au Cambodge, il apparait vite que les 2 courses se ressemblent. 2 à 3 années d’existence, entre 400 et 500 coureurs en 2017, une hausse exponentielle attendue. 5 formats de courses au kilométrage similaire, et l’évidence de 2 sites géographiques hors du commun. Une population de trailers-voyageurs, capables de traverser un continent ou un océan pour leur course annuelle. Et puis, une communauté d’esprit qui revient comme un leitmotiv : immersion et expérience totale de l’environnement, de la géographie pure jusqu’au plus irrationnel. De l’impact des semelles jusqu’au sentiment intérieur le plus intime. D’un plongeon bouddhiste jusqu’à une légende Inka.

Les volontés d’avenir sont elles aussi, semblables. D’abord, s’ancrer toujours plus dans le tissu local et l’en faire bénéficier de l’évènement – socialement, économiquement. Pour l’UTA, cela passe par l’appel aux ONG cambodgiennes et leur implication : hors de question de venir, déposer le produit de la quête puis repartir. À Angkor, les ravitaillements sont tenus par les jeunes des ONG eux-mêmes. Pour l’UMPT, c’est un noyau de bénévoles de Cuzco ou la municipalité de Mollepata, qui s’impliquent entièrement dans le projet. Sponsors, catering, corps médical, autorités du territoire. Ensuite, inviter autant que possible au séjour des coureurs et à leur découverte du territoire, allonger la temporalité et susciter la rencontre. Ainsi PHOENIX propose des packs voyage en complément des tarifs dossards, l’UMPT favorise le séjour chez l’habitant. Enfin, construire un réseau professionnel né sur place, et une stratégie de croissance qui vise d’abord le continent : commencer petit et proche, penser voisins et facilité de transports, développer audience et fréquentation auprès des courses et pays limitrophes. Ne pas viser immédiatement une communication dans les Balkans ou dans le Yukon, par exemple. Privilégier une amitié avec l’Équateur ou le Salvador, la Thaïlande ou le Vietnam, par exemple. Tout en restant ouvert et rêveur.  

Alors, de là à penser travailler ensemble, il n’y avait plus qu’un pas.

 

Et si l’on partageait, pour grandir ensemble ? Quelques expériences de passionnés rêveurs.

UTA et UMPT : 2 belles histoires. 2 réalisations que personne ne donnait gagnantes au départ et qui désormais grandissent. On en reste là ? Car certes, la progression mathématique, ça existe. Mais la mappemonde des trails se charge elle aussi, un peu davantage chaque saison. L’épuisement de l’attrait guette toujours, le risque de tourner en rond menace tout organisateur. Pire et plus dangereux, 2 voyages « running » dans des sites mythiques (Angkor, Machu Picchu) portent en eux-mêmes leur quitte ou double : c’est parfois la course d’une vie, d’une retraite ou d’une décade, et un budget qui grimpe si l’on en profite pour découvrir le pays. Pour l’organisation, ce sont des investissements conséquents en pleins spots UNESCO, religieux, touristiques, voire les 3. Il est donc aussi passionnant que vital de demeurer en veille et d’innover. Ça peut paraitre naïf, mais l’union peut alors faire la force, et garantir la mise en vie de 2 compétitions.

Au départ, un objectif : faire vivre un évènement sportif, en le portant au-delà des océans. « Faire vivre », le mot est lâché. Un 1er constat : à 19600 km l’une de l’autre, on n’est pas vraiment concurrentiels ! Ce qui facilite alors grandement les choses. Un ingrédient supplémentaire : l’amitié et le partage de vues de 2 coureurs. D’un côté, Kevin Galvany, Directeur Technique de l’UMPT. De l’autre, Julien Gilleron, Project Manager de l’UTA. Chacun épaulé par un staff impliqué, chacun amateur de « pourquoi pas ? ». Ci-après, l’inventaire à la Prévert de quelques initiatives des 2 courses en 2017 :

 

  1. Communication et réseaux

Inconcevable d’oublier la communication et les réseaux sociaux, chacune des courses l’a compris. K. Galvany et l’UMPT lancent fin 2017 leur Facebook Live en direct de Cuzco. Succès immédiat. Automne 2017, l’UTA officialise la 1ère amitié UMPT/UTA, en promotionnant l’UMPT sur sa page web. Échange de bons procédés, Cuzco en fait de même envers l’UTA et… bingo : fin novembre, « l’Ultra Trail Angkor » apparait en tête des recherches Google…sur la page web UMPT ! Partage de posts Facebook, communication croisée, et bilan d’étape enthousiaste avec une augmentation record des followers Facebook UTA sur novembre 2017.

 

  1. Distributeurs officiels

Un pas de plus est franchi dans l’amitié des 2 courses, grâce au système inauguré par SDPO, fondateur de l’UTA : l’UMPT devient agent officiel de l’UTA, autorisée à commercialiser les dossards des 5 parcours d’Angkor, mais également ses packs voyages. Toujours dans une logique de réseaux, l’UTA applique ce maillage grâce à plusieurs agents, individus ou plateformes web, trails étrangers. Étape envisagée, le partage de communautés de coureurs ou la création de groupes, mais restant à borner pour de légitimes raisons juridiques.

  1. Jeu concours et « storytelling » : Sissi et l’UTA 2018

Tout organisateur est habitué aux invitations d’athlètes élite, censées créer un attrait compétitif ou médiatique supplémentaire, en relevant plateau ou challenge de l’épreuve. Trop souvent, on voit un peu tristement des champions débarquer, « scorer » puis…repartir. Le shooting photo et quelques points ITRA en poche. Certes, la perf’ est belle et le moment cordial, voire tout à fait sincère et chaleureux, mais le passage un peu bref, et la valeur ajoutée humainement faible. Sans parler d’un écho journalistique aléatoire.

Octobre 2017, Skype retentit de hourras pour l’UTA : le Team ASICS de Laurent Ardito accepte d’inaugurer le jeu concours « Sylvaine Cussot et l’UTA ». Enfin, du nouveau, à l’image du superbe « Queen of the Jungle » thaïlandais (2017). Lancement, sélection du lauréat, et de novembre 2017 à janvier 2018, Sissi Cussot et Gregory (gagnant) communiquent tant sur leur préparation, initiatives pour promouvoir l’UTA, que sur leur séjour au Cambodge et la course qu’ils réaliseront ensemble. Un peu d’air et d’humain, une belle rencontre pour les staffs et les 2 athlètes. Bilan de ce coup de projecteur sur la course : une couverture média élargie grâce aux réseaux sociaux des 2 héros, à moindre frais qu’un pool presse importé (ce qui n’exclut pas la nécessité impérieuse d’en avoir un), une cagnotte humanitaire spécialement recueillie par Gregory (crowdfunding), et une visibilité accrue pour l’UTA.

  1. ITRA et politique Santé : indispensable en 2018.

Encore parfois méconnue, l’ITRA n’est pas que le gendarme du dopage ou le simple fournisseur de points UTMB. Point barre, vision réduite qui clôt toute discussion et en génère souvent d’autres (les marronniers de la « mafia ITRA », ou du « business ITRA-UTWT-UTMB », etc.). En 2018, et vu l’explosion du nombre d’épreuves longues, faire l’impasse d’une politique de santé et de l’appui technique du tandem ITRA / USS (Ultra Sport Science) sur un ultra, semble contreproductif et dépassé. Ne parlons pas de l’automédication des coureurs et du libre commerce de tous les stimulant imaginables, ou des charges d’entrainement qui ne cessent de s’accroitre. Soyons lucides. L’UMPT l’a parfaitement saisi, en nouant dès 2017 une relation prospective avec l’ITRA et USS. Échange de documentation ou traductions, application des techniques de balisage valorisées par l’ITRA, mais surtout lancement du premier diagnostic post-evenement selon le modèle de l’Association, audit et façon d’avancer autant que possible dans un cadre. L’UTA s’y était engagée, mais faute de temps, reportera la création de 2 dossards « santé » vraisemblablement à l’édition 2019. (Valeur des dossards reversée en don à USS).

Nota : Malheureusement, à l’heure de l’écriture de ces lignes, nous apprenons que la direction générale de l’UMPT n’a pu instaurer une vraie démarche santé, faute de ressources et par carence de la société organisatrice. L’édition 2018 a subi de sérieux problèmes de signalisation et chronométrage, qui remettent en cause la nature de l’instance organisatrice en 2019. Par souci d’intégrité, le directeur technique a renoncé à ses missions pour aider au mieux en demeurant sur le terrain. Les bénévoles les plus impliqués sont ceux qui ont dû affronter ces difficultés, avec courage. Mais l’avenir est en marche, et déjà le projet d’une nouvelle course et d’un staff refondé s’anime.

  1. Invitations, amitiés, partenariats.

UTA, UMPT, les 2 courses privilégient le contact avec des évènements proches comme une nécessité et un plaisir. En 2018, l’UMPT invite plusieurs délégations sud-américaines, des staff-coureurs de Russie, Équateur, Salvador. Kevin Galvany, bien connu pour sa largeur de vision, continue de solidifier ses collaborations avec d’autres structures organisatrices péruviennes, et le projet d’une fédération de Trail péruvienne ou sud-américaine est dans les cartons. De son côté l’UTA, seul ultra Cambodgien, grandit dans une Asie du Sud-Est en pleine découverte de la discipline. L’objectif d’intégrer des challenges, championnats ou partnerships annuels plus larges tels qu’Asia Trail Master, est évoqué. Les contacts sont également proactifs avec les épreuves voisines, encore rares mais en plein essor, grandes ou petites sœurs (Thailand Mountain Trail, Vietnam Mountain Marathon, HK100). Bref, ça phosphore autour du « travailler ensemble ».

Ce partage de vues est finalement devenu projet commun fin 2017. Comment ? par l’échange de dossards. Janvier 2018, Siem Reap et humidité tropicale : l’UTA remettait à chacun des vainqueurs de l’UTA128K, Bayon Trail 64K et Jungle Trail 32K, un ticket pour s’aligner sur 3 courses de l’UMPT (100K, 70K et 30K). UMPT 2018, Mollepata et fraicheur d’un piémont péruvien : les lauréats de ces parcours reçoivent à leur tour, leur invitation à participer aux courses UTA 2019. Affaire à suivre.

 

photos : Stephane Vallin – agence YUNKA IMAGES -  stephane@yunka-trek.com

 

Tout est possible.

L’amitié entre compétitions et la compréhension entre ceux qui les font, aboutit parfois à de belles surprises. L’UTA 2018 vient à peine de dresser le bilan de sa 3è édition : succès net et objectifs de fréquentation dépassé avec 800 inscrits, félicitations touchantes venues des plus impliqués : les coureurs eux-mêmes. Une audience Facebook en forte croissance grâce au travail de l’organisation, mais aussi des stagiaires de l’école AMOS SPORT SCHOOL, venus dynamiser la stratégie de communication sur une mission commando. Mais tout reste à faire, et l’équilibre financier est l’enjeu quotidien de chaque décision. Tenir, poursuivre, resserrer, y croire jusqu’à ce point d’équilibre. L’UMPT 2018 a débuté en fanfare fin mars 2018 à Cuzco, par la 1ère Féria du Trail péruvienne, mais doit désormais tirer les conclusions de sa réalisation, et se resserre autour de son cœur bénévole. Plus que jamais, l’avenir est ouvert, mais le travail sur une édition 2019 rénovée est impressionnant d’avancement. Enfin, l’esprit de partage et d’union des expériences est à l’œuvre : déjà les contours d’une Fédération Péruvienne se dessinent, et l’association d’organisateurs humbles et expérimentés progresse à grands pas. A eux, à cette philosophie et cette amitié de foulées, on ne peut que souhaiter belle route, chargée de globules.

Alors, heureux les simples d’esprit passionnés : oui, il est possible de courir d’Angkor au Machu Picchu, et bien ailleurs encore. Tout est à faire.

 

 

Julien Gilleron

Endorphinmag - Mai 2018


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