French Divide côté technique

 

Décider de rouler sur la French Divide n'est pas anodin. Lorsque j'ai fait des recherches sur cette épreuve que je suivais depuis quelques temps sur les réseaux sociaux, j'avais pu lire que seuls 30 % des partants avaient franchi la ligne d'arrivée dans les temps lors de la précédente et troisième édition.

En tant que novice sur ce type d'épreuve, je suis parti d'une feuille blanche. J'ai pris du recul, pour avoir une vision globale, visualiser le vélo dans son ensemble, avec ses accessoires et bagages, pour créer un assemblage performant.
Certes, il est possible de courir la French Divide avec « presque » n'importe quel vélo de voyage mais le facteur temps, la course contre le calendrier, l'appréhension du défi et mon amour pour le beau matos, me poussent à monter un vélo de toutes pièces.
 

 

Je suis parti sur la base d'un Salsa Cutthroat. Un cadre carbone qui a une belle histoire puisqu'il a été conçu pour courir le Tour Divide (https://bikepacking.com/event/tour-divide-2019/) par Salsa Cycles il y a quelques années. Ce cadre a la particularité d'avoir un grand triangle central, permettant de mettre un sac de cadre de grande capacité. De plus, quelques options qui me paraissent intéressantes, comme un diamètre de tige de selle en 27.2, afin de monter une tige de selle confortable, un passage de câble de vitesses entièrement externe, permettant un passage de gaine complet et par le haut du cadre, limitant l'insertion d'impuretés dans la gaine et rendant les réparations faciles. Ensuite, les nombreux perçages permettent la fixation de plusieurs  gourdes ou bagages, également sur la fourche. La fourche, elle, permet le passage de câble électrique en interne en cas de montage de moyeu dynamo.
Les standards d'entraxes me permettent ensuite de conserver les très efficaces roues carbone Astérion qui équipaient mon précédent vélo, ainsi que les standards de freins en post-mount, correspondant aux équipements que je possède déjà.
La fourche, rigide, assure une fiabilité à toute épreuve en comparaison à un modèle suspendu mais également un gain de poids non négligeable. Le confort n'est certes pas le même mais je prends le parti de me passer de suspension. Je compenserai un tout petit peu en montant un pneu avant de plus grosse section.  Au final, je pense que ce choix était le bon.
 

 

Je décide donc de monter ce vélo en « Monster Gravel », soit un gravel avec des pneus de grosses dimensions, ou plus exactement, des roues VTT. Ce combo me semble le plus approprié à ce type d'évènement sur 14 jours, avec la possibilité, sur un guidon de type gravel, d'avoir plusieurs possibilités de prises de cintre car varier les postions me parait important sur les grandes distances.
Pour cela, j'ai choisi un cintre Enve G-Series, en carbone, réputé solide, avec une base haute aplatie pour une bonne prise, bien confortable, et des extrémités basses élargies pour un meilleur contrôle dans les parties techniques. De plus, après plusieurs essais (et casses) précédents, j'ai particulièrement apprécié le drop de ce cintre qui permet un accès aisée aux manettes.
Si le cintre est important, la guidoline l'est tout autant, et là encore, j'ai fait quelques essais afin de trouver la bonne épaisseur et le confort nécessaire, sans perdre la qualité du contrôle.
 

 

Pour la transmission, j'ai osé le panachage, avec des manettes SRAM Force, un dérailleur Force également avec poulies aluminium Hope, une cassette e-thirteen Race 11 vitesses en 9-46 et un pédalier titane ee-Wings de Cane Creek avec un plateau Wolf Tooth de 30 dents.
La cassette 9-46 était un bon choix et permettait un bon ratio avec le plateau de 30. Un autre ratio possible aurait été une cassette 10-50 avec un plateau en 32 dents mais une 10-50 en 11 vitesses est un peu plus difficile à trouver.
 

 

Elément très important, c'est la selle, petite plateforme où l'on va passer environ 15 heures par jour ! Mais là encore, il faut penser à l'ensemble, c'est à dire à la selle mais aussi au cuissard, et l'ensemble de ces deux éléments doivent se valider d'un bloc. Là encore, de nombreux essais ont été réalisés et j'ai eu la chance de pouvoir essayer des modèles avant de faire les achats (merci à All Bike 7). Je me suis finalement rabattu sur la selle Specialized Power Arc Pro pour son grand confort, son évidement périnéal, ses rails titane (éviter les rails carbone pour ce type d'évènement sportif). Je pense essayer à l'avenir, une selle cuir ainsi que la possibilité de rouler sans peau de chamois, tendance bien connue chez les coureurs d'ultra distances.

 

Avec le couple selle/cuissard, vous pouvez ajouter une baume cuissard qui s'avère souvent indispensable sur les longues distances. A cela, j'avais emporté dans mes bagages, une crème réparatrice à appliquer tous les soirs.

Pour la liaison cadre-selle, j'avais choisi une tige de selle Cane-Creek ee-Silk, concédant un peu de poids mais apportant un réel confort supplémentaire, vraiment appréciable et testée depuis 6 mois.

Le choix des pneus est aussi important. Il s'agit de trouver des pneus solides, roulants, d'un volume suffisant pour apporter un peu de confort et avec un minimum de grip pour un usage VTT.  Je choisis une section de 2.35 à l'avant de 2.20 pour l'arrière, avec des pneus renforcés sur les flancs. Montage tubuless bien évidemment.
 

velo french divide

 

Les pédales seront des modèles légers, de type pédales automatiques, avec une petite plateforme pour mieux répartir  les pressions. Là encore, je cogiterai sur l'ensemble, le couple pédale/chaussures. J'ai enfin trouvé une chaussure qui me limite énormément les apparitions de douleurs et surchauffe de la voute plantaire. J'ai longtemps hésité sur le choix des chaussures et réalisé plusieurs essais sur des distances supérieures à 150 km. J'ai pensé, à un moment, prendre des chaussures à lacets, pour leur côté rustique, pour éviter de casser une boucle de type Boa. Mais j'ai bien fait de ne pas faire ce choix; en effet, après quelques jours de vélo, avec l'inflammation du nerf cubital, il m'aurait été difficile, voire impossible, de faire mes lacets correctement  (cela m'est encore difficile, plus d'un mois après l'arrivée...).
J'ai également utilisé des semelles Solestar pour améliorer la position de mes pieds et rigidifier un peu la semelle des chaussures au pédalage, améliorer le rendement et les appuis.
Les chaussures doivent être si possible légères, respirantes, solides (attention de ne pas partir avec des chaussures déjà bien entamées), rodées, permettant la marche et y monter impérativement des cales neuves avant le départ.

Un moyeu dynamo Son, couplé à un régulateur de charge USB2BYK et une batterie tampon viennent compléter la version FD du Cutthroat, ce qui me permettra de charger mes GPS, le téléphone et mes batteries de l'éclairage Lupine. J'utilise un GPS Garmin Edge 520, avec un Edge 820 en secours, les deux ayant en mémoire les 2264 km de la French Divide (un second GPS prend peu de poids et peu de place et permet une sérénité supplémentaire). En effet, on peu lire sur quelques récits, des pannes de GPS ayant malheureusement conduit certains riders à l'abandon ou les ayant méchamment pénalisés. A l'usage, le 520, sans écran tactile, est plus fiable, moins capricieux à l'usage sur une utilisation par tous temps et avec des gants.

Au final, le vélo complet avec pédales, pneus VTT et moyeu dynamo pèse 9  kg, soit une bonne base. Il faut maintenant poser la bagagerie, en choisissant du matériel léger et d'un volume suffisant pour emmener le matériel nécessaire (couchage, change, réparation, hygiène, nourriture, eau...).

J'ai fais le choix de l'artisanat, plus cher mais sûr, avec Lucy Rusjan, une italienne très réactive, expérimentée et proposant du travail à la carte, sur-mesure.  J'ai été très satisfait de son travail sur la bagagerie fatbike utilisée sur ma dernière course arctique et je lui ai renouvelé mon intérêt pour la French Divide et les futures courses polaires puisqu'elle me prépare également une paire de guêtres prototype Dyneema. Lucy utilise désormais presque exclusivement la fibre Cuben 40 (Dyneema), vraiment très légère, solide, résistant très bien à l'abrasion et les sacs sont étanches, réellement étanches. Bref, le must pour un prix à peine supérieur à du Made in Lointain !

Reste à faire tout rentrer dans les sacs, sans problème au final, avec même de la place supplémentaire, comme prévu, pour loger les sandwichs et nourriture achetés sur la trace.

Quelques jours avant la French Divide, le vélo ayant beaucoup roulé, je change la chaîne, le boîtier de pédalier, le câble de vitesses, la cassette (que j'avais testé, rôdé puis mise de côté) et le plateau 30T. Echange des joints et roulements des pédales, échange des roulements de la roue arrière, guidoline neuve, montage des pneus neuf s et mise à niveau du préventif  latex. Je n'ai pas jugé utile de changer les plaquettes de freins, mais j'en emporte 2 paires et j'ai dû faire l'échange sur la Dordogne, alors que je freinais depuis une journée « sur la ferraille ». Et j'ai bien fais de les changer avant la descente de Rocamadour, à laquelle je n'aurais pas survécu avec ces plaquettes à la couenne (lol).

Le vélo se comportera très bien, les bagages bien équilibrés, il reste à lubrifier la chaîne au moins une fois par jour, et pédaler, manger, dormir, pédaler encore pour pouvoir dire encore que l'Aventure est belle ;-)

 

Si c'était à refaire :

 

Peu de chose à changer, du moins sur le vélo mais il est encore possible de faire des améliorations, dont certaines que je devrais tester en début 2020 sur l'Atlas Mountain Race si mon inscription est validée (https://atlasmountainrace.cc/).

Monter une transmission SRAM AXS. J'ai en effet une grande confiance à la transmission sans fil, l'utilisant déjà sur mon VTT. De plus, au bout d'une semaine, j'avais du mal à passer mes vitesses, toujours à cause du nerf cubital qui me demandait beaucoup d'efforts pour monter les vitesses et souvent donner l'effet contraire à celui désiré.
Les manettes AXS permettent le panachage avec un dérailleur XX1 AXS et cassette 10-50, un atout pour les régions montagneuses et vélo chargé.

Je pense tester des bits mousse dans les pneus. Les nouvelles générations de bibs sont plus légères, plus performantes et permettent de gérer la pression pneus, en enlevant la possibilité de la crevaison à plat. Un atout idéal sur un terrain comme l'Atlas, où certaines sections seront vraiment isolées. Permet de ne pas emporter de chambres à air ni de kit « mèches ».

Monter un disque de 180 à la place du 160 mm à l'avant. En effet, un vélo chargé se comporte différemment. Il est vite compliqué d'arrêter un vélo de 18 ou 20 kg. Il faut gérer les descentes, éviter de trop prendre de vitesse, et un disque plus grand apporte du confort de freinage, de la puissance et chauffe moins. Je devrais coupler les manettes SRAM Red avec des étriers Hope RX4 pour un combo parfait.

En prévision, l'essai de patches spéciaux sur le cintre, avec une amie spécialiste, placés à des endroits stratégiques sous la guidoline. Plusieurs épaisseurs et densités seront testées.

Abandonner le multi-tool au profit de clés séparées, avec la totalité des possibilités sur le vélo. Le but, ne rien emporter d'inutile et avoir une plus grande facilité. Je me suis rendu compte que changer des plaquettes vélo avec un multi et des doigts fourmillants était vraiment pénalisant. Donc, clés btr, Torx et dérive chaîne séparés.

 

velo gravel



Conclusion:


Choisir un vélo et le monter de toutes pièces, dans un domaine que je découvrais et pour une épreuve que je redoutais, a été un véritable challenge et un véritable enrichissement de ma culture vélo, à contrario, mon compte en banque, c'est appauvri (lol).  J'ai bénéficié de bons échanges et conseils de la communauté (merci !!) et de coups de mains précieux.
Je donne ici quelques informations, quelques ficelles mais j'ai vraiment essayé de tout optimiser, il est bien sûr possible de faire et réussir la French Divide avec un vélo moins performant, et heureusement d'ailleurs !

J'espère pouvoir vous conter la suite fin février côté ultra, et dès cet hiver, sans doute un retour sur la course arctique « Fat Viking Race 2020 ».



Endorphinmag Octobre 2019

Patrick Lamarre


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