ILS FONT LE TRAIL
EPISODE#3/2 – L’ATHLÈTE – LAURIE PHAI PANG CASTES

Dans la série Athlète Hors-Normes (A.H.N), il est des noms qui font le trail – précisément par leur rapport au vécu. Une histoire de vie optimisée, transcendée en performances ? Tel est l’exemple d’une sportive « augmentée ». Suite et fin de notre rencontre avec Laurie Phaï Pang Castes, entre pingpong et trail – mondial, svp. Avec les J.O en azimut, Laurie c’est un enseignement qui s’ignorerait presque et un parcours quintuple épaisseur. Vous reprendrez bien une tranche de vie, assaisonnée aux projets.

JG : Formée à un autre sport, même lointain, quelles sont tes sensations quand tu cours ?
Laurie Phaï : Du pingpong au trail, il n’y a qu’un pas ! Pour le cross, je n’avais pas commencé cette discipline pour performer…mais aujourd’hui je suis mordue. Ce sport est dingue, et parfois décrié : j’aurais envie de donner envie aux plus jeunes. Je n’ai commencé qu’en 2018 mais j’étais heureuse de me qualifier aux championnats de France. Et puis je sais pas mal poser le cerveau et y aller avec le goût du sang dans la bouche. Et en fait j’aime bien ! Surtout quand je vois à quel point ça fait progresser.
Pour le trail, ça dépend du format : sur du court, je ne profite pas beaucoup, j’ai envie de jouer les premières places, car je suis plutôt faite pour. Et j’ai toujours la banane ! Je garde toujours en tête que ça peut s’arrêter du jour au lendemain, et je veux sourire un maximum à ces moments-là. Pour le long c’est différent : je suis novice et j’ai toujours peur d’exploser, alors je prends le temps de m’arrêter sur les ravitos, de papoter. Et c’est pour ça que j’aime toucher à tout, ça tue tout ennui.

JG : L’ultra ou le très long, le projet off, y penses-tu pour l’avenir ?
LP : Figure-toi que oui : cette année, j’ai envie de découvrir le 100km, et me suis inscrite à la CCC. Oups ! Sachant que j’aurai peut-être le marathon des JO début août et que j’irai sans grosse prépa. Mais comme toujours, je devrai trouver les ressources, ça ira ! Le foncier sera là mais pas le dénivelé. Pas de projet off, je ne me sens pas les épaules pour organiser ça mais pourquoi faire un ultra en ex Indochine un jour ?

JG : Le vin au centre. Attention, question piège : uniquement Cahors et Conti, ou exceptions autorisées ?
LP : Tu as des dossiers. Je ne suis pas une grande connaisseuse, même si je bosse dans un bar à vin en effet…J’y suis depuis un an et demi surtout pour me dégager du temps pour m’entraîner. Mais je suis complètement amatrice de vin rouge : Pic Saint Loup, Bourgogne, Bordeaux… mais j’aime moins le Malbec cadurcien. Tu vois bien ce que c’est, n’est-ce pas ?

JG : Ton année 2019 a été physiquement dure. Y vois-tu un signe du corps qui n’arrivait pas à absorber les secousses émotionnelles de 2019 ?
LP : Après la verticale de la Tour Eiffel (mars 2019), j’ai ressenti une douleur hanche/fesse, ça ne passait pas, j’ai enchainé tendinites au fessier, puis sciatiques…bref : en juin, on a trouvé un début d’hernie discale et des pincements. Du coup, annulation de Berlin, direction Valencia. Je ne me voyais pas me faire opérer, alors on a opté pour une infiltration et beaucoup d’étirements, de travail postural, qui m’ont soulagé. Mais les douleurs sont revenues un mois et demi avant le marathon, donc j’ai serré les dents. Aujourd’hui ça va beaucoup mieux mais j’ai un disque nécrosé à cause du tennis de table. Et oui. Donc je dois faire attention pour ne pas que ça s’aggrave, car ça ne s’améliorera pas !

JG : Parlons de ton projet Olympique : tu visais Berlin sous les 3h. Ce fut Valence en 3h10, surmontant la blessure et visiblement heureuse et rassurée. Où en es-tu pour 2020 ?
LP : Le Cambodge fait partie des pays qui n’ont aucun athlète validé pour les minimas internationaux. La clause d’universalité autorise l’inscription de deux athlètes. Aujourd’hui, je suis bien placée, car je passe le meilleur chrono en marathon. Mais ils peuvent prendre une coureuse de 100m ou de 800 ! C’est du lobbying… Le deal de battre le record de 2h59 n’était pas obligatoire, mais en même temps il faut avoir un chrono officiel correct, car c’est le comité olympique international qui valide la proposition du comité olympique national. Les inscriptions seront entérinées fin mai 2020, donc d’ici là ? je reste en contact avec le comité olympique cambodgien, sachant que le président m’a dit à Angkor qu’ils allaient œuvrer pour m’inscrire.

JG : On est frappés par la diversité de tes expériences de courses : KV, escalier, semi, marathon, cross, trail, mondial, envie d’Olympisme… pourquoi ?
LP : Chaque course est une surprise, basta la lassitude. J’ai tellement envie de profiter de la vie, qui file littéralement. Peu importe le format, à chaque fois c’est une pointe d’adrénaline mais avec l’expérience, on ne filtre que le meilleur. J’accroche peu de dossard depuis que je fais de la route, du coup m’aligner sur une course m’excite, voire me fait un peu trembler. Mais après le top départ, trois foulées et ça n’est que du bonheur. Après, pour passer directement du court à un 42 ou 62Km (2016), je ne connais rien de la recette. Je crois qu’il ne faut pas se poser de questions… J’ai envie, je m’inscris et je me prépare. Le corps est capable de tellement de choses, prépare le bien physiquement et le mental suivra en général. Pas d’accord ?

JG : A 33 ans, tu as déjà l’expérience d’une carrière sportive (tennis de table), avec tous les sacrifices impliqués. Malgré tout, tu te remobilises pour creuser à fond le trail ?
LP : Au départ, le trail était complètement loisir, mais une fois que la guérison était en marche, le projet de courir pour le Cambodge m’a remis dans une optique de performance. Même si comme je t’ai dit, je ne serai jamais championne du monde mais j’ai envie d’être crédible aux yeux des futures générations. Par la suite, je me verrais bien organiser des stages et accompagner les coureurs cambodgiens.

JG : Piège N°2. Tu as été pongiste jusqu’en 2016 : entends-tu encore en tête le tictac de la balle en courant ?
LP : J’ai arrêté l’équipe de France en 2007 mais en effet, j’ai continué en championnats par équipe avec Nîmes, j’ai coaché l’équipe féminine Suisse aux championnats d’Europe et aux Mondiaux en 2014. J’ai même fait une rencontre en 2ème D en novembre 2019 ! Mais non, le ti-coti-coti de la baballe (et tout le reste), je n’y pense plus du tout. Cela dit, toujours ma licence pour dépanner, et ça me fait surtout plaisir de revoir les copines…car je n’ai plus trop de repères raquette en main !

JG : Tu viens donc de lancer un nouveau projet : détecter des espoirs trail au Cambodge. Ajoutons ton objectif Olympique, et le programme est copieux. Comment vois-tu le futur proche ?
LP : Dans l’immédiat, je serai au Cambodge mi 2020 (un virus décale tout…pfff), j’interviens une semaine dans l’école Happy Chandara School qui scolarise 1300 jeunes filles défavorisées
car une cinquantaine prépare le 10km de Phnom Penh en juin. On organise 3 jours de stage dans la région de Kirirom pour une dizaine de trailers cambodgiens dans le but de détecter des futurs pépites, oui. Je sens que mon corps ne tiendra pas longtemps à s’entraîner à ce rythme intense, et je me sens beaucoup plus enjouée à l’idée de développer le trail au Cambodge. D’où la création en janvier 2020 de notre association Trail Sans Frontières, avec Abdo Kemmissa.

JG : Angkor, 2020 : un record, une 4e victoire. On te voit transformée, visiblement épanouie par rapport aux victoires précédentes. Que s’est-il passé ?
LP : Oui, je me sens bien grâce aux 3 premières courses. Car la première fois, je me sens portée en accélérant au km 20, et en sentant les jambes répondre. Car la deuxième fois, je confirme par un bon chrono sur le 16K. Car en 2019, je gagne le 32K avec 14 minutes de mieux que ma 1ère victoire, alors que j’ai passé la semaine à m’occuper de Ludo à l’hosto. Et je me sens bien car on a l’autorisation de tourner des images dans ces monuments historiques classés à l’UNESCO pour ce documentaire fou ! En fait, chaque année je me sens en meilleure forme et je relativise énormément, je me dis que même si je ne gagne pas, c’est simplement que beaucoup sont meilleures que moi. Et que la vie continue…

JG : Rumeur confirmée donc : ce (très) grand projet d’un film en tournage sur ton/tes histoire(s). Secret défense, ou des pistes autorisées ?
LP : Discrétion plutôt, mais évidemment un projet documentaire extrêmement motivant. Impliquant, aussi. Disons que la chose parlera d’histoires de vies entrecroisées, de famille, et de rencontres. Cinéma, festivals, télévision…là aussi très ouvert et ça se précise. Fin 2020, c’est l’azimut. Mais j’en dirai plus dès que possible !

* Ludovic Collet, figure emblématique du trail : speaker et animateur historique de l’UTMB (et autres), mais également coach de Laurie Phaï, Abderrahim Kemmissa, Sabrina Laudes, et de la sélection Cambodgienne lors des Mondiaux de Trail 2019.

Crédit photo Organisation
Texte Julien GILLERON


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